Archives de Catégorie: Vaguement culturel

La petite musique de la semaine – 03

Cette semaine, c’est facile.
La semaine dernière sortait le nouvel album de Sigur Ros (« hiiiiiiiiii » fait la groupie), arrivé sur nos étagères mercredi donc. Je l’écoute en boucle depuis, évidemment.

Concert en novembre (« hiiiiiiiii » encore).

La petite musique de la semaine – 02

Cette semaine, non ne me remerciez pas vous allez le garder collé en tête pour quelques jours :

J’ai une grande affection pour Abba. Franchement, on ne peut pas écouter Super Trouper ou SoS sans avoir envie de danser. Et si c’est votre cas, vous êtes sans doute quelqu’un de suspect et peu recommandable.

Depuis que l’Homme a commandé l’album Gold sur Amazon, je fredonne Super Trouper quotidiennement. Regardez cette merveille de vidéo, tout y est : la robe à épaulettes et fente sooooooo 70s turning 80s, la choucroute, le maquillage jusqu’au sourcil, le PULL À GROSSES FLEURS, et puis… « super-per, trouper-per », quand même.

La petite musique de la semaine – 01

J’inaugure une petite rubrique hebdomadaire, pour relancer un blog un peu essoufflé (c’est pas de la mauvaise volonté, hein, c’est juste que 1/Le Kid est un tout petit peu accaparant 2/ Je suis un tout petit peu fatiguée 3/Le boulot est un tout petit peu prenant). Promis, j’ai une note en préparation, avec des choses écrites dedans, ça va venir.

Et pour entamer cette rubrique de ‘la musique qui te trotte dans la tête toute la semaine’, voici le générique que je vais devoir jouer en boucle pendant un an en attendant que la prochaine saison reprenne, pleine d’impatience et de larmes aux yeux. C’était lundi soir le dernier épisode de la saison 3 de Game of Thrones. Putain, un an !

Intermède culturel

Près de chez moi se trouvent en résidence deux camionnettes commerciales de techniciens de la société Sky, fournisseur britannique d’accès à internet, au téléphone, à la télé.

Régulièrement, ces camionnettes sont repeintes/redécorées aux couleurs d’un programme phare ; le plus souvent, ce sont Bart et Lisa Simpson qui ornent les véhicules Sky. Comme ça :

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Et puis récemment, j’ai eu un choc, un matin. En très gros, de chaque côté, il y avait sa tête à lui :

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André Rieu, ça a l’air d’être la top-star du moment chez Sky. Sur SkyArts, il y a des concerts de lui presque tous les jours. Sur le site de la société, des dizaines d’articles lui sont consacrés, et il est présenté comme « the maestro of violin, André Rieu, [who] thrills audiences across the globe ».

Le plus drôle, c’est qu’à l’arrière dudit van se trouve la tronche de Noël Gallagher, un beau choc culturel je trouve. Le plus triste, c’est que j’ai revu deux fois le Sky Van mais que je n’avais pas d’appareil photo pour vous immortaliser ce beau moment. Je l’ai depuis mis dans ma voiture et l’y laisse en résidence, en espérant croiser la camionnette lors de mes déplacements, parce que vraiment, ça illuminerait ma journée de pouvoir garder une trace de cette panthéonisation d’André.

The West’s asleep. Let England shake.

Hier soir, il pleuvait sur Glasgow. C’est un fait bien connu qu’il pleut toujours à Glasgow, en fait : au pays des aveugles, les borgnes sont rois, et en l’occurrence, les glaswegians sont les écossais les plus aveugles, dont se moquent tous ceux qui ne vivent pas dans cette ville particulièrement humide. A écouter les sarcasmes de l’Homme concernant le temps qu’il fait dans la capitale économique du pays, j’ai parfois l’impression d’entendre un breton se moquer de la Normandie (ou vice-versa), mais c’est un fait : en 4 ans et une bonne dizaine de visite à Glasgow, toujours pour des concerts, je n’ai jamais vu cette ville autrement que sous un crachin glacial.

Ceci planté, je ne compte pas vous parler des heures du temps qu’il fait (je crois avoir déjà bien fait le tour de la question ici !). Non, en fait, je venais vous parler, à nouveau, de musique (après, vous êtes tranquilles, le prochain concert n’est que dans un mois, et j’ai quelques thèmes proprement écossais à aborder, enfin !) : PJ Harvey, voyez-vous, jouait hier à Glasgow.

(Note : oui, hier soir aussi, elle portait un corbeau mort sur la tête)

PJ Harvey est l’une des rares artistes féminines que j’aime vraiment. Je ne sais pas d’où me vient ce sexisme musical mais rares sont les femmes dont j’aime écouter les chansons. Elle, en l’occurrence, ne me lasse jamais, sans doute grâce à sa capacité à sortir quelque chose de radicalement différent à chaque album.

Hier soir, tout y était. Un minuscule morceau de femme cachée derrière ses énormes guitares électriques ou sa très étrange autoharpe, coiffée de ce très étrange assemblage de plumes et vêtue telle une veuve sicilienne, qui vient interpréter son dernier album, Let England shake, un album parlant de la première guerre mondiale. Pas sexy, a priori, mais exceptionnel sur scène – même si, j’en conviens, je préfère les costards blancs à franges aux corbeaux morts.

You change all the lead / sleeping in my head

Je vais vous parler de musique canadienne.
Pas d’Isabelle Boulay ou de Garou, rassurez-vous, mais d‘Arcade Fire, groupe fabuleux s’il en est (ne cherchez pas de demi-mesure dans cet article, je suis depuis hier soir dans un état de transe enthousiaste total).

De leurs trois albums parus, rien, pas une chanson n’est à jeter. Ces gens-là savent faire du « rock indépendant » (comme le dit leur page wikipédia qui n’a jamais tort) avec art, talent, génie parfois. Or donc, ces braves canadiens jouaient, hier soir, sur l’esplanade du château d’Edimbourg. Là :

Rien que l’endroit, mes cocos, ça vous fichait des frissons d’excitation. Comme en plus il avait décidé de faire beau, je peux vous dire que la soirée était prometteuse.

Et je crois bien avoir assisté à mon meilleur concert (oui, je dis ça à chaque fois, mais je suis bon public, d’une part, et celui-ci était plus qu’un concert : un vrai show de près de deux heures). Ces gens sont insensés et incroyables. A huit, on peut faire beaucoup de (joli) bruit : deux batteries, deux ou trois claviers différents dont un clavecin, un accordéon, des tambourins à foison, deux violons, je ne sais combien de guitares et de basses, et quelques instruments non identifiés : c’est un joyeux boxon. Surtout, ces huit-là sont heureux d’être sur scène, et aiment de toute évidence jouer ensemble et partager leurs bons morceaux. Accompagnés par des images de Spike Jonze sur un écran derrière eux, leurs chansons taillées pour être reprises en choeur dans un stade (ou une esplanade de château)….

Non, en fait, cette description ne colle pas. Je n’ai pas de mots en fait, pour expliquer à quel point c’était dément et bon !

En cherchant sur youtube, vous trouvez l’intégralité du concert filmé par quelque stupide de service (au fond de l’esplanade, en haut des gradins : on ne voit rien, on n’entend rien, et surtout, surtout : QUEL INTÉRÊT) mais je préfère ressortir ce petit bijou de clip-concert :

Je vais me faire tatouer leur nom sur le dos, je pense.

This is my (Big) Country

Y a des jours qui sont, disons-le brutalement, des jours de merde.
Vendredi était de ceux-là. Contrariété professionnelle, que j’ai tenté de résoudre en shoppant – errrrrrreur ! pas moyen de mettre la main sur LA robe que je cherchais, et impossible de trouver une paire de chaussures sans talons vertigineux mais pas baskets non plus qui ne me fasse pas des mollets d’hippo- , le tout vêtue à l’anglaise, ce qui s’est trouvé être une bonne idée à 14h00, mais beaucoup moins à 17 (ça fraîchit vite fait dans ces contrées). Et en plus, j’ai commandé le DVD de La cité de la peur, et il arrive pas. Bref, j’étais d’humeur grognon-fait-du-boudin.
L’Homme, d’une patience angélique et plein de commisération, comme toujours, m’a écoutée avec patience sangloter dans mon demi de bière : « ouiiii, d’abord, mes cheveux sont moches, mes vêtements naze, j’ai un cul de poney, et puis je vais élever des moutons parce que vraiment, le boulot c’est pourri, et puis j’ai froid et la neige elle est trop molle et mes chaussures elles sont trop grandes, etc. »

Par chance, vendredi était aussi le jour du concert du mois. J’y allais un peu sans espoir de voir la soirée éclairer ma morne et décevante journée, dans la mesure où le groupe qui jouait m’était (presque inconnu). Big Country. Ça vous dit quelque chose ? Je copie consciencieusement wikimonami.

« Big Country est un groupe de rock écossais aux influences celtiques formé en 1981 par Stuart Adamson (chant et guitare) et Bruce Watson (guitare). La formation est complétée par Clive Parker à la batterie, Peter Wishart aux claviers et son frère Alan à la basse. Ces trois derniers sont remplacés en 1982 par le bassiste Tony Butler et le batteur Mark Brzezicki.
La caractéristique du groupe est d’évoquer par l’intermédiaire des guitares les instruments traditionnels celtes, en particulier les cornemuses ».

Voilà pour les faits. J’avais entendu certains de leurs morceaux dans un film, classique ici, « Restless Natives » (très drôle, par ailleurs, l’histoire de deux amis un peu losers qui deviennent des célébrités à Edimbourg et dans les highlands en dévalisant les bus de touristes) :

Breeeeef, le concert.
Imaginez une salle blindée de messieurs d’une cinquantaine d’années équipés de t-shirt au nom de leur groupe fétiche (et de ses variantes), de quelques pré-quarantenaires, tout aussi nostalgiques de leurs années d’adolescence (hein l’Homme ? hein ses amis ?) d’une poignée de nanas, de trois jeunes égarés là parce qu’ils ont vu de la lumière et sont entrés… voilà pour l’ambiance.
Prenez un groupe qui s’est composé, décomposé (le chanteur d’origine est mort y a quelques années et un nouveau a pris sa place, le fiston du guitariste accompagne maintenant papa sur les routes – d’ailleurs, c’était le sosie du Grand Duduche), recomposé, et qui jouit d’une cote de popularité pas possible, un peu genre Johnny Halliday, mais avec du talent…
Parce qu’en définitive, c’était top moumoute. A te donner envie de secouer ton susmentionné cul de poney, à battre des mains avec les papis survoltés, à chanter en chamallow parce qu’of course tu connais pas les paroles mais t’essaie de faire comme si, bref, à adopter Big Country. En plus, l’Homme, d’habitude assez réservé pendant les concerts, a vaguement oscillé la tête à plusieurs reprises et tapé du pied, signe chez lui d’hystérie complète – l’émotion nostalgique, la vague déferlante du délire de la foule… tout était convié pour le faire danser.

A la fin, je chantonnais ‘Big Country’, tout en me demandant encore comment le guitariste peut jouer de la guitare en faisant sonner ça comme de la cornemuse. La grande classe !

 

Concert – The Decemberists

S’il y a un groupe que je ne peux que recommander d’écouter, c’est bien les Decemberists, tout droit venus de Portland, Oregon. Nicolas, regarde bien : ils ne pourraient pas être sur « Jesus or Hipster? ».

Un bon concert, à nouveau, avec un chanteur des plus charismatiques, manifestement ravi d’être là et passant de longues minutes à échanger avec le public entre chaque chanson, ce qui fait toujours plaisir, des chansons épatantes, et un son juste fort comme il faut.

Seul bémol, comme TOUJOURS : pourquoi la règle du « Grand Qui Se Place Devant Moi » se vérifie t-elle à chaque concert ? J’ai parié avec Chrystelle que si un grand était dans les parages, il se planterait juste devant moi, eh bien, bam, ça n’a encore pas raté. C’est extrêmement ennuyeux d’être nabote.

 

GNIII ?

Or donc, il a été décidé que Louis-Ferdinand Céline ne serait pas célébré en 2011, rapport à tout un tas de saloperies que l’auteur a commises durant son existence. Soit. A la rigueur. Bon. Ça reste quand même Céline, hein, celui de Voyage au bout de la nuit, mais bon. Soit.

Pis, cette semaine, par contre, on a décoré Christophe Maé, devenu Chevalier des Arts et des Lettres, c’est à dire qu’il « se distingue dans le domaine artistique ou littéraire » et qu’il « contribue au rayonnement des Arts et des Lettres en France et dans le monde ». Voilà. Christophe Maé, auteur de ces paroles inoubliables :

« Donc y a des jours où je me lâche
Et j’envoie tout foutre en l’air
Ouais je veux que l’on me lâche
J’ai besoin de prendre l’air »

ou encore

« On s’attache et on s’empoisonne
Avec une flèche qui nous illusionne »

Voilà. Je vais me servir une vodka, je pense.

Marie Stuart, part 4 et fin

« ... dans le cas de Marie Stuart, sa mort tragique, le drame – unique alors dans l’histoire – de cette prison puis de l’échafaud pour une reine, confèrent à la controverse politique et religieuse une dimension émotionnelle qui fait défaut pour la sèche Elisabeth ou l’ondoyante Catherine. Si l’on ajoute à cela la beauté, le charme ensorcelant dont tous les contemporains (même ses ennemis) créditent la reine d’Ecosse en ses jeunes années, tous les éléments du mythe sont réunis« .

Michel Duchein, Marie Stuart, Ed. Fayard, 2009, p. 534

Il est frappant, à lire les extraits de sources cités par Duchein, de voir à quel point de son vivant, Marie Stuart a exacerbé les passions, en sa faveur ou non. Qu’ils viennent de ses partisans ou de ses ennemis, les partis-pris sont forts et violents, empreints d’une dimension émotionnelle très marquée. Les commentaires ne relèvent dès lors pas réellement de l’argument, mais plutôt de la passion, et sont difficiles à exploiter pour qui souhaite retracer la vérité des faits.

Franco-écossaise, Marie n’a pourtant pas su ou pu s’allier de façon nette et définitive ces états, mal aimée par son pays – largement influencé par un Knox ou un Buchanan il est vrai -, tenue à distance par une France gérant tant bien que mal un contexte politico-religieux compliqué. Dans tous les cas, que ce soit en France, en Ecosse, en Angleterre ou ailleurs, Marie Stuart n’a pas inspiré de recherche historique sérieuse et neutre avant le 19e, voire le 20e siècle.

La statue de John Knox à Edimbourg

La littérature, en revanche, s’est fréquemment inspirée de son personnage et de son histoire rocambolesque ; des pièces de théâtre notables ont été écrites, par Regnault ou Montchrestien au 17e, par exemple, ou de façon encore plus brillante par Schiller au 18e. Montrant une femme amoureuse et malheureuse, la pièce servira de modèle à plusieurs opéras (on notera ceux de Donizetti ou de Nierdermeyer) et fixera dans les esprits l’image d’une femme passionnée, coupable, et finalement repentante devant Dieu. Zweig, enfin, surtout, ajouta une pièce maîtresse en rédigeant un « Marie Stuart » qui a figé le personnage dans une posture historiquement contestable, mais infiniment intéressante d’un point de vue littéraire et psychologique, une femme consumée par sa passion pour Bothwell.

L’historiographie du 19e siècle marque un tournant certain dans la littérature mariestuartienne (bel adjectif non ?), avec la publication de sources jusqu’alors restées inexploitées : correspondances, archives diplomatiques et autres, venant infirmer un bon nombre d’idées reçues sur la reine et ses actions. Certes, la passion n’est pas totalement mise de côté ; Michelet, par exemple, ne l’aime pas beaucoup :  « Nos plus sérieux historiens en subissent le charme. Je ne m’en défendrais pas, sans tant de preuves qui montrent en cette fatale fée tout ce qui faisait le danger du monde » (Michelet, Histoire de france, les guerres de religion, 1856).

Ambitieuse, poussée par la foi, aveuglée par ses sentiments, incapable de comprendre les enjeux politiques et diplomatiques qui l’entouraient, passionnée, contradictoire, impulsive, trop naïve face à des personnages de grande ampleur politique tels qu’Elisabeth… tous ces qualificatifs ont été employés, tous exacts, tous insuffisants. L’abondance de sources, nombreuses, éclaire l’histoire de façon précise, mais les apports littéraires, pamphlétaires, etc., viennent parasiter notre vision d’un personnage défini aujourd’hui plus ce qu’on en a dit que par ses actions propres.