Quelques explications sur l’indépendance écossaise – 3

TROISIÈME PARTIE : QUELQUES COMPLÉMENTS

Quel soutien actuellement ?

Depuis 2011, de nombreux sondages ont été menés pour tâter le pouls de l’opinion. Précision utile, indépendamment de la question centrale de l’avenir de l’Écosse, le support pour la tenue même du referendum a toujours été très forte, y compris chez les unionistes (autour de 75% de la population).

Depuis début 2012, le soutien à l’indépendance était estimé à environ 32 à 38% selon les sondages, proportion qui a légèrement diminué depuis 2007, mais la proportion de « non » ferme a également diminué. Récemment, on serait retombé à environ 30%. Un autre sondage proposant trois options (a/ indépendance b/devo max c/statu quo) donne les chiffres de 26%, 26% et 33%.

La question de la formulation de la question semble plus qu’un détail, car susceptible de faire changer les détails. Un sondage britannique a posé la question que Salmond souhaite poser et obtenu 41% de oui et 59% de non, avant de poser la question « L’écosse devrait elle devenir un pays indépendant, ou rester dans le Royaume Uni ? », la première option remportant dans ce cas 33% et la seconde 67%.

Si pour l’heure, la majorité des opinions exprimées reste en faveur d’un statu quo, il faut se rappeler que la question officielle n’a pas encore été annoncée, que la campagne n’a pas débuté, et qu’une très large majorité des votants restent pour l’heure indécis. Le décrochage récent dans les sondages est semble t-il dû à des confusions et cafouillages de plus en plus évidents de la part du SNP sur des questions cruciales mais pour l’heure sans réponse (la présence dans l’Europe notamment).

L’Écosse dans l’Europe ?

Les débats font rage à ce propos, et rien de très net n’émerge encore. Le point de vue du SNP est que l’Écosse aurait droit naturel et sans négociation à entrer dans l’Europe telle quelle ; Westminster de son côté affirme qu’il n’y a pas de précédent confirmant cette assertion et que rien ne prouve que l’Écosse n’aurait pas à candidater comme n’importe quel nouveau pays souhaitant entrer dans l’Europe.

Des affirmations récentes de Barroso, et les rumeurs dominantes en provenance de Bruxelles, semblent aller dans le sens de Westminster : l’Écosse devrait bien candidater. Il a été dit que Barroso est particulièrement opposé à une entrée spontanée de l’Écosse indépendante dans l’Europe, et plus généralement défavorable à tout mouvement nationaliste, en raison des mouvements indépendantistes que connait l’Espagne, ce dont il se défend, sans pour autant persister dans l’idée que l’Écosse n’aurait aucun droit naturel à faire partie de l’Europe sans discussion et candidature.

Par ailleurs, le SNP affirme qu’il serait possible d’adhérer indépendamment à l’Europe sans adopter l’Euro, ce qui semble peu probable. Ce point est particulièrement sensible, et l’idée d’une Écosse avec Euro ne fait pas du tout l’unanimité, y compris au sein du SNP au vu de la situation de l’eurozone à l’heure actuelle. La crainte majeure est de voir le pays s’enfoncer dans une spirale de dettes et finir comme l’Espagne, la Grèce et le Portugal. La majorité des indépendantistes souhaite une transition plus douce et le maintien de la livre sterling quoiqu’il arrive.

L’Écosse dans le monde ?

De façon  générale, les opposants à l’indépendance rappellent que les frontières entre l’Écosse, le Royaume-Uni et le monde sont floues : la moitié de la population écossaise a de la famille en Angleterre, 1 million de scoto-anglais vivent en Angleterre, 400 000 anglo-écossais vivent en Écosse. À partir de ces chiffres, les unionistes arguent qu’accéder à l’indépendance serait une erreur, et compliquerait sérieusement la question de l’identité de ces personnes.

Il est en revanche certain que même indépendante, l’Écosse resterait membre du Commonwealth, avec la Reine pour chef d’État, comme l’Australie ou le Canada par exemple. Les partisans d’une République sont assez nombreux, mais le SNP pour l’heure n’envisage pas de changement de régime.

De son côté, le SNP pense que l’Écosse indépendante aurait une position plus éminente à l’échelle internationale. Il y a à ce moment six représentants écossais au Parlement européen, alors que des pays de taille similaire (Danemark, Irlande…) en ont au moins le double.

Les opposants à l’indépendance pensent en revanche que l’Écosse a plus d’influence à travers la représentation britannique.  Indépendante, elle perdrait de son poids au sein de l’OTAN, du G8, de l’ONU… Sur ce point, d’ailleurs, le SNP a longtemps affirmé qu’une Écosse indépendante sortirait de l’OTAN de toutes façon, mais ce point semble être reconsidéré depuis peu.

Que va devenir l’armée ?

Le SNP est clair sur ses positions dans ce domaine : dénucléarisation totale (donc démantèlement de la base accueillant les sous-marins nucléaires), maintien de certaines des bases actuelles mais dans l’optique seulement d’entretenir une armée défensive. Le nombre de soldats diminuerait fortement (autour de 10 000 à 12 000).

Par ailleurs, l’Écosse ne s’impliquerait à l’international que dans le cas de missions d’aide au maintien de la paix, et en cas de sinistres naturels (Salmond est très critique concernant la participation du Royaume-Uni à la guerre en Irak).

La délicate question des gros sous…

C’est le nerf de la guerre (je vous renvoie à ce très bien fichu article)… et les deux camps s’opposent farouchement sur la question. D’un côté, le SNP revendique le droit de l’Écosse à avoir la main sur ses finances, ses impôts, et sur le taux d’imposition des entreprises pour attirer les entreprises étrangères. De plus, affirme t-il, les intérêts de l’Écosse en matière d’agriculture et de pêche sont mal défendus par le Royaume-Uni, nationalement et auprès de Bruxelles.
De l’autre, les unionistes rappellent que sans la participation du Royaume-Uni et les injections financières faites depuis le début de la crise, l’Écosse n’aurait pu faire face au crash de ses banques, et à la conjoncture qui a suivi. De plus, beaucoup se font un plaisir de souligner que les dépenses publiques en Écosse sont largement supérieures aux revenus fiscaux, et que la dépense par tête y est supérieure à celle faite sur les citoyens du reste du Royaume-Uni. Un pays indépendant devrait alors augmenter ses impôts, ou revoir la façon dont ses dépenses sociales sont gérées (la santé et les soins et avantages pour les personnes âgées sont gratuits). Cet état de fait est contesté par le SNP, d’abord parce que bien que ne représentant que 8,4% de la population du Royaume-Uni, l’Écosse génère 9,6% des revenus du pays et ne reçoit en retour que 9,3% des dépenses de Westminster (eh oui, le diable est dans les détails…).La contestation vient aussi du fait que les revenus générés par la production de pétrole ne sont pas pris en compte dans ces calculs. La division des eaux territoriales britanniques, en cas d’indépendance, rendrait l’Écosse maîtresse de 80% du pétrole produit en Grande-Bretagne (et confirmeraient l’Écosse comme premier producteur européen (note perso : ce qui me fait me demander : mais pourquoi diable paye t-on alors l’essence si cher ici, sacrebleu ????)), ce qui selon les experts ramènerait le budget global du pays à un très léger déficit, voire à un surplus. Bien entendu, les énergies fossiles n’étant pas éternelles, beaucoup soulignent que l’argument de la récupération des champs de pétrole comme soutien économique pour l’indépendance ne seront que feu de paille (mais, note perso encore : heureusement qu’à côté de cette horrible perspective de pays pétrolier, les objectifs en matière d’énergie renouvelables sont considérables : aujourd’hui, 35% de l’énergie produite provient d’énergies renouvelables, en particulier via les fermes éoliennes terrestres et offshore).
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Y aurait-il un passeport écossais si l’Écosse était indépendante ?

Oui, mais peut-être verrait-on aussi le maintien d’un passeport britannique, comme en Irlande. La question reste à débattre.

Y aurait-il des contrôles aux frontières ?
Il n’y en aurait pas entre l’Angleterre et l’Écosse. Rien ne changera concernant les échanges européens (le Royaume-Uni n’est pas signataire des accords de Schengen), mais c’est un point à clarifier si l’Écosse devait négocier son entrée dans l’Europe.

Quid du système de santé ?

La santé fait partie des domaines dévolus, donc la transition ne devrait pas être trop compliquée car l’Écosse gère déjà presque intégralement cette question.

Quid du drapeau ?

L’Écosse adopterait le Saltire, et le drapeau pour le reste du Royaume-Uni serait « le problème du reste du Royaume-Uni ».

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Certains pensent que, toujours sous souveraineté de la reine, et membre du Commonwealth, l’Ecosse devrait toujours être sur le drapeau.

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2 réponses à “Quelques explications sur l’indépendance écossaise – 3

  1. Cecilouette 18 janvier 13 à 10:46

    Merci beaucoup pour ces explications en français sur ce sujet qui m’intéresse plus que la politique française. J’avais déjà lu quelques articles en anglais, mais là c’est plus clair ! (Je rêve d’habiter en Ecosse en 2014)…

    Bon courage pour les derniers jours avant l’arrivée de Jean-Kevin…

  2. pseudojune 20 janvier 13 à 1:33

    Hé bé. Je suis sans voix –
    Excellent point, merci 🙂

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