Quelques explications sur l’indépendance écossaises – 1

PREMIÈRE PARTIE : UN PEU D’HISTOIRE POUR SE METTRE EN JAMBES

Accrochez-vous, ça va être costaud.

Comme vous l’avez peut-être entendu ces derniers temps, l’Écosse va se trouver dans une situation inédite à l’automne 2014, puisque ses habitants vont être appelés à se prononcer sur une éventuelle indépendance de leur pays. C’est un événement important, assez complexe à saisir, et qui pose de multiples questions auxquelles je vais modestement (et sans doute fort mal) tenter d’apporter quelques éléments de réponse – si ça vous intéresse of course, hein, mais je me suis dit que ne pas entendre causer de contractions et de péridurale vous changerait un peu.

L’Écosse a été un pays indépendant jusqu’en 1707, plus ou moins. À partir du 16e siècle, les choses se sont un peu compliquées, notamment avec l’accession simultanée de James I aux trônes d’Angleterre et d’Écosse. Malgré cela, de fait, les deux pays restent distincts, même si l’Écosse est depuis fort longtemps un état en quelque sorte vassal de son énorme voisin anglais. Ce n’est toutefois qu’en 1707, donc, que les deux couronnes sont officiellement réunies, avec le traité puis l’Acte d’Union. Reste que cette union est contestée par beaucoup d’écossais dès le début du 18e siècle, les signataires de l’acte ayant « vendu » le pays à l’Angleterre étant accusés d’avoir été corrompus pour accepter le traité.

Treaty_of_Union

Oh, une belle charte

Dès le début se pose la question que soulèvent encore certains aujourd’hui : qu’est-ce qu’être écossais ? qu’est-ce que l’identité écossaise ? Le pays est un patchwork de seigneuries, de souverainetés mal unifiées, avec au nord des Highlands plutôt épiscopaliens ou catholiques, fortement influencés par la culture d’ancêtres nordiques, régis par des codes propres ; au sud, les Lowlands sont de longue date anglicisés, dominés par les presbytériens depuis la Glorieuse Révolution de 1688, ouverts sur une Europe des Lumières très bien reçue dans la région. Le pays est aussi divisé quant à ce traité d’Union de 1707, qui voit donc le Roi d’Angleterre accéder à la souveraineté sur le pays ; les jacobites, descendants de rois catholiques écossais, tentent avec le soutien plus ou moins (plutôt moins en fait) actif de la France de reconquérir leur trône, en 1715 et 1745 notamment, mais sans succès.

Bref, le 18e siècle voit le pays apprendre à composer avec ce nouvel ordre. L’Écosse s’anglicise, s’ouvre sur l’Europe, se développe aussi à vitesse grand V, bien qu’elle reste vue comme un parent pauvre de ce qui deviendra peu à peu le Royaume-Uni. Il est intéressant de noter que dès cette époque, un mouvement appelle à une plus grande dévolution du contrôle des affaires écossaises (le « Home-Rule », qui réclame une assemblée dévolue aux affaires écossaises, située en Écosse) mais qu’il trouve alors peu de support. Ce n’est qu’en 1885 que le poste de secrétaire pour l’Écosse est créé en Angleterre, ainsi que le Scottish office, dédié aux affaires écossaises.

En 1921 est créé la Scots National League (très influencée par le Sinn Féin irlandais), qui demande officiellement l’indépendance de l’Écosse, puis en 1928 apparait le National Party of Scotland, dont l’objectif est d’obtenir un état indépendant et dont la majorité des partisans viennent du parti travailliste. En parallèle se forme le Scottish Party, plutôt d’origine conservatrice. En 1934, les deux fusionnent pour former le Scottish National Party (SNP), d’abord supporter du Home-Rule et qui plus tard demandera plus clairement l’indépendance. Le parti végète pendant un moment : les nationalismes européens dans l’entre-deux guerres et après n’ont pas bonne presse, et le parti peine à trouver un écho dans les médias.

Les années 60 et 70 marquent un tournant crucial : la décolonisation et la fin de l’Empire britannique remettent en cause aux yeux de beaucoup la raison d’être du Royaume-Uni, et l’unité impériale. Le SNP remporte son premier siège au Parlement britannique en 1967. Dans les années 70, on découvre de vastes réserves de pétrole en mer du nord au large de l’Écosse. Des campagnes fleurissent dans le pays, avec pour principal slogan « It’s Scotland’s oil », et revendiquant la possession de ces réserves qui devraient aider le pays, alors en pleine crise.

6794780155_94659206ed_z

En 1974, 11 parlementaires du SNP sont élus, et le parti gagne 30% du nombre total des votes exprimés en Écosse. À la même période, le SNP commence à revendiquer la création d’une assemblée écossaise, même si de nombreuses divisions existent dans le parti (certains voient la dévolution comme une étape nécessaire vers l’indépendance, d’autres pensent que la dévolution détournera le parti de ce but). Un referendum organisé en Écosse est organisé est le Oui l’emporte d’une courte majorité. Cependant, la condition requise (que 40% des inscrits votent oui) n’est pas remplie, trop peu d’électeurs s’étant déplacés. Malgré une intense campagne (« Scotland said yes« ), Westminster n’approuve pas le résultat du referendum, et le SNP retire alors son soutien au gouvernement travailliste. Une motion de non confiance est également votée et entraine de nouvelles élections, qui aboutissent à l’élection de Margaret Thatcher, l’arrivée au pouvoir des conservateurs, et surtout, la perte de nombreux sièges pour le parti SNP à Westminster : manoeuvre ratée, donc, à la fin des années 70 !!!

(Petit intermède musical pour souffler un peu et se refaire une santé avant la fin de l’article)

En 1997, le parti travailliste arrive au pouvoir en Grande-Bretagne ; après de longues discussions, un referendum a lieu concernant la Dévolution et la création d’un parlement écossais ; cette fois-ci 74,3% des votants sont pour (44,87% de l’électorat). Westminster est alors contraint d’approuver la création d’un parlement écossais élu, par le Scotland Act de 1998, qui aura dès lors le contrôle sur la plupart des questions domestiques (les questions dévolues). Le premier First Minister est élu en 1999 ; il s’agit de Donald Dewar, un travailliste. Précisons bien que l’Écosse dispose donc de son propre Parlement (que voici :)

Debating_chamber,_Scottish_Parliament_(31-05-2006)

et de représentants (une soixantaine) élus au Parlement britannique. Soit un système de double représentation, avec des MPs (Members of Parliament, qui vont siéger à Westminster), et des MSPs (Members of Scottish Parliament, qui siègent à Edinburgh). Ils traitent de sujets différents, les premiers étant impliqués dans la discussion des sujets généraux du Royaume-Uni, les seconds ne traitant que de l’organisation interne de l’Écosse et des sujets dévolus.

En 2007, une nouvelle élection voit le SNP récupérer une courte majorité au Parlement ; la tenue d’un referendum sur l’indépendance fait déjà partie de leur programme, de même que pour l’élection de 2011, où ils obtiennent cette fois la majorité absolue, sous le leadership d’Alex Salmond, First minister de l’Écosse.

YEAR Review Politics 42

Avec cette majorité, la tenue du referendum devient inévitable, et le SNP en promet la tenue pour la fin de son mandat, vers 2014 ou 2015…. (tadah, c’est-y pas plein de suspens, hein ???).

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :