Préparation au plus beau jour de ma vie

Ce matin avait lieu la première séance de préparation à la naissance. Quatre cours, sur quatre semaines, en perspective, aux titres aussi alléchants que « les différents stades de l’accouchement », « gérer la douleur », « nourrir son bébé » et « devenir une famille » (celui-là me laisse perplexe).

D’après ce que m’ont dit quelques personnes bien informées, ayant vécu une grossesse écossaise et une grossesse française, les « cours » sont très différents d’un pays à l’autre ; ici c’est très théorique, on parle de ce qui va se passer, et voilà, alors qu’en France, il semblerait qu’on soit un peu plus ‘pratique’ et qu’on t’apprenne des techniques de relaxation, de respiration, que sais-je encore ?

La première impression que j’ai eue, en arrivant au centre médical avec l’Homme, c’est que c’est cool de pas être trop grosse à la base ; toutes mes collègues de cours étaient d’un format assez imposant qui masquait pour certaines le fait qu’elles étaient plus enceintes que moi. Mais c’était ma minute méchante. L’Homme aussi a méchant, il a dit « common people are fat ».

Impression générale, en sortant du cours : tu n’apprends pas des masses de choses pour peu que tu aies lu un minimum (et pourtant Dieu sait qu’à part lire le manuel (ma foi fort complet et attrayant) fourni par le NHS, et faire quelques recherches complémentaires par curiosité, j’ai pas fait de zèle). Je ne m’attendais pas à une révélation subite (« BON SANG MAIS C’EST BIEN SÛR, c’est comme ça qu’il faut faire pour PAS avoir mal »), mais bon. J’ai pris consciencieusement trois lignes de notes (partir à l’hosto quand on a une contraction d’une minute toutes les 3-5 mn environ ou quand on n’est plus capable de faire des phrases sensées pendant les contractions), regretté de n’avoir pas d’Iphone car il existe une appli minutant tes contractions et t’indiquant quand il est temps de décoller, et admiré la tête des hommes qui entendaient parler pour la première fois de bouchon muqueux et de périnée.

Sinon, j’ai bien compris comment tout va se dérouler, grâce aux conseils avisés mais à décoder subtilement :

  • « Vous y arriverez, toutes les femmes sont faites pour donner la vie » (passons sur le traditionnel « femme = mère en puissance ») = « pas de jérémiades bande de moules, si les autres l’ont fait, vous le ferez aussi, et en plus VOUS vous pouvez avoir une péridurale alors ça suffit » (si j’étais sage-femme, je la jouerai GI Joe et je motiverais les troupes).
  • « Vous aurez mal oui, mais bon, vous oublierez vite après » = « vous allez avoir mal. Très mal. Tellement mal que vos neurones en grilleront et que vous ne vous souviendrez plus clairement, après. Parce que la nature est bien faite : faut que les femmes ne soient pas capables de dire aux autres à quel point ça fait mal, sinon, ça fait longtemps qu’on serait une espèce éteinte ».
  • « Ce sera le plus beau jour de votre vie » : si je puis me permettre de citer Florence Foresti : « si c’est ÇA le plus beau jour de ta vie, putain, c’est quoi ta vie le reste du temps ? » (mais allez, j’y crois fermement, ce sera le plus beau jour de ma vie, une fois passée la phase qui fait mal et qui tache).
  • « Il y a de nombreuses solutions pour vous aider à gérer la douleur, et à vous aider à aborder sereinement cet événement : le « gas and air », un mélange qui vous aide à gérer la douleur mais donne un peu le tournis, les électrodes, la petite piqûre de morphine, le bain bien chaud… » = « il existe plein de solutions bizarres et pas du tout efficaces pour vous donner l’impression que vous pouvez essayer d’avoir moins mal : vous shooter au « gas and air », vous shooter à la morphine, vous électrocuter, faire la baleine, ahaha, ça ça ne devrait pas être trop dur ». Une des nanas présente avait déjà eu un bébé, et testé les électrodes et le gaz ; sa conclusion : les électrodes, ça marche un tout petit peu au tout début, le gaz, que dalle.
  • « On peut aussi écouter de la musique pour se relaxer » a dit un futur papa = « cours vite acheter des disques de Patrick Fiori et de Coldplay, ça devrait tellement t’énerver et te faire râler que tu oublieras la douleur« .
  • « Bon, et il y a la péridurale ; mais attention, il y a  des mauvais côtés, vous devrez rester allongée » = « c’est ballot, vous ne pourrez pas faire un petit footing ou une course de fauteuil roulant dans les couloirs de l’hosto ».
  • « Les papas sont indispensables, ils sont là pour rassurer la maman, l’accompagner, être présents, être à deux dans ce beau moment, ils peuvent lui tamponner le front, lui apporter à boire et à manger, lui faire des massages de dos, l’écouter, lui parler » = « les papas sont totalement largués pendant les interminables heures où vous allez souffrir, rager, hurler, jurer ; ils ne peuvent rien faire pour que ça aille mieux, et en plus tout ça c’est de leur faute. Faites-les assister à la totale pour qu’ils se souviennent bien à l’avenir comment VOUS vous avez morflé alors qu’eux, à part vous verser un verre d’eau et régler le thermostat, ils ont rien vu venir ; ça pourra servir dans les disputes ».

Bien entendu, tout ceci n’est que mauvaise foi et la marque de mon angoisse profonde dissimulée sous une ironie mal dégrossie 🙂

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