Marie Stuart, part 4 et fin

« ... dans le cas de Marie Stuart, sa mort tragique, le drame – unique alors dans l’histoire – de cette prison puis de l’échafaud pour une reine, confèrent à la controverse politique et religieuse une dimension émotionnelle qui fait défaut pour la sèche Elisabeth ou l’ondoyante Catherine. Si l’on ajoute à cela la beauté, le charme ensorcelant dont tous les contemporains (même ses ennemis) créditent la reine d’Ecosse en ses jeunes années, tous les éléments du mythe sont réunis« .

Michel Duchein, Marie Stuart, Ed. Fayard, 2009, p. 534

Il est frappant, à lire les extraits de sources cités par Duchein, de voir à quel point de son vivant, Marie Stuart a exacerbé les passions, en sa faveur ou non. Qu’ils viennent de ses partisans ou de ses ennemis, les partis-pris sont forts et violents, empreints d’une dimension émotionnelle très marquée. Les commentaires ne relèvent dès lors pas réellement de l’argument, mais plutôt de la passion, et sont difficiles à exploiter pour qui souhaite retracer la vérité des faits.

Franco-écossaise, Marie n’a pourtant pas su ou pu s’allier de façon nette et définitive ces états, mal aimée par son pays – largement influencé par un Knox ou un Buchanan il est vrai -, tenue à distance par une France gérant tant bien que mal un contexte politico-religieux compliqué. Dans tous les cas, que ce soit en France, en Ecosse, en Angleterre ou ailleurs, Marie Stuart n’a pas inspiré de recherche historique sérieuse et neutre avant le 19e, voire le 20e siècle.

La statue de John Knox à Edimbourg

La littérature, en revanche, s’est fréquemment inspirée de son personnage et de son histoire rocambolesque ; des pièces de théâtre notables ont été écrites, par Regnault ou Montchrestien au 17e, par exemple, ou de façon encore plus brillante par Schiller au 18e. Montrant une femme amoureuse et malheureuse, la pièce servira de modèle à plusieurs opéras (on notera ceux de Donizetti ou de Nierdermeyer) et fixera dans les esprits l’image d’une femme passionnée, coupable, et finalement repentante devant Dieu. Zweig, enfin, surtout, ajouta une pièce maîtresse en rédigeant un « Marie Stuart » qui a figé le personnage dans une posture historiquement contestable, mais infiniment intéressante d’un point de vue littéraire et psychologique, une femme consumée par sa passion pour Bothwell.

L’historiographie du 19e siècle marque un tournant certain dans la littérature mariestuartienne (bel adjectif non ?), avec la publication de sources jusqu’alors restées inexploitées : correspondances, archives diplomatiques et autres, venant infirmer un bon nombre d’idées reçues sur la reine et ses actions. Certes, la passion n’est pas totalement mise de côté ; Michelet, par exemple, ne l’aime pas beaucoup :  « Nos plus sérieux historiens en subissent le charme. Je ne m’en défendrais pas, sans tant de preuves qui montrent en cette fatale fée tout ce qui faisait le danger du monde » (Michelet, Histoire de france, les guerres de religion, 1856).

Ambitieuse, poussée par la foi, aveuglée par ses sentiments, incapable de comprendre les enjeux politiques et diplomatiques qui l’entouraient, passionnée, contradictoire, impulsive, trop naïve face à des personnages de grande ampleur politique tels qu’Elisabeth… tous ces qualificatifs ont été employés, tous exacts, tous insuffisants. L’abondance de sources, nombreuses, éclaire l’histoire de façon précise, mais les apports littéraires, pamphlétaires, etc., viennent parasiter notre vision d’un personnage défini aujourd’hui plus ce qu’on en a dit que par ses actions propres.

 

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2 réponses à “Marie Stuart, part 4 et fin

  1. Agnès Simon 2 février 11 à 10:18

    Marie Stuart dans la littérature européenne, ça c’est une idée pour une petite exposition dans le hall de la NLS…. à voir en avril prochain!
    Ce début de stage se passe ma foi très bien, d’autant plus que j’ai un chouette bureau avec the view sur arthur seat et les toîts d’Edimbourg, niark, niark.

  2. Siboneyy 2 février 11 à 11:39

    Welcome here, Agnès !
    Et bon courage pour les semaines qui s’annoncent (et oui, Marie Stuart a du potentiel, c’est certain !).

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