Marie Stuart, part 2

Car oui, Marie va être emprisonnée, suite au soulèvement d’une part de la noblesse écossaise. Bien entendu par ‘prison’ il faut, le plus souvent, comprendre que la reine est en résidence surveillée, disposant, comme il sied à une monarque, de suivantes, de biens, du droit de correspondre (pour son malheur, en fin de compte…) et d’une relative liberté de mouvement sous le contrôle de ses divers geôliers. Parfois, l’emprisonnement sera plus sévère, en général après une « gaffe » diplomatique dont elle a le secret.

Marie est d’abord enfermée au château de Lochleven, où elle est forcée de signer une abdication qu’elle récusera rapidement.

Son fils, Jacques (ou James, pour les autochtones), est proclamé roi, Jacques VI d’Ecosse, et son demi-frère détesté, Moray, proclamé régent. Notons, pour ne plus y revenir, que les régents seront nombreux au cours de la jeunesse du roi, ceux-ci ayant une fâcheuse tendance à se faire assassiner, comme Moray, ou à mourir inopinément.

Il serait long et fastidieux d’énumérer et de décrire les diverses prisons et lieux de séjour de la reine. Celle-ci s’enfuit au cours d’un épisode fort pittoresque (une histoire improbable de complot, de barque de pêcheur, de déguisement…), de Lochleven, et gagne l’Angleterre ou, manque de bol, sa cousine Elisabeth 1ere la fait arrêter (officiellement, elle souhaite seulement la protéger, tout comme elle le fera pendant les vingt ans à venir) et transférer à Carlisle, premier d’une longue série de résidences anglaises jusqu’à la dernière, Fotheringay, qui la verra exécutée le 08 février 1587 (pas d’image, ici, le château en question n’existe plus depuis belle lurette).

Que retenir de ces années de captivité ? que fait la reine déchue pendant 20 ans, privée de liberté ?

Eh bien, pour commencer, elle complote, elle tisse des liens, avec une grande maladresse certes, mais avec enthousiasme. Elle ne rêve que de restauration, d’évasion. Toujours elle niera les faits qui lui sont reprochés, à commencer par l’assassinat de son mari et ses relations adultères. Elle récuse son abdication et entretient des relations exécrables avec son fils, qu’elle n’appellera jamais que ‘Le prince », et non le roi.

Elle tente, toujours, d’amadouer sa puissante cousine Elisabeth, qui mène le jeu depuis toujours. Les relations entre les deux femmes sont complexes : leur correspondance, 30 ans durant, a fasciné les historiens. Marie n’a toujours eu qu’une idée en tête : faire reconnaître à Elisabeth son droit, et celui de son fils, à la succession anglaise. Dynastiquement, rien ne s’y oppose et, d’ailleurs, à la mort d’Elisabeth, Jacques/James VI deviendra également Jacques/James 1er d’Angleterre. Mais la reine Élisabeth, personnalité complexe et louvoyante, n’accordera jamais officiellement cela du vivant de Marie. La « chère soeur et cousine » d’Elisabeth aura beau supplier, tempêter, prier, séduire, menacer, Elisabeth la tiendra toujours sous sa coupe ; il n’est pas interdit de penser qu’elle ne considéra jamais l’Ecosse que comme un royaume vassal, à museler.

La rivalité religieuse est aussi au centre de la problématique, on l’a vu. Marie est catholique, modérée certes, mais catholique dans un pays calviniste dur, voisin de l’Angleterre anglicane ou Elisabeth n’aura de cesse de contenir les revival catholiques. Si, pendant ses années de règne, Marie ne fait pas étalage de sa foi et laisse le parlement d’Ecosse imposer le protestantisme comme religion officielle, elle opère un revirement au cours de ses années d’emprisonnement, se faisant la figure d’un catholicisme persécuté – et ce, sans doute par conviction, mais aussi pour attirer le support de l’Espagne et du Saint Siège.

La position de la France, son pays de jeunesse, est d’ailleurs à comprendre en fonction de cet antagonisme religieux. En pleines guerres de religion, marquée par des influences tantôt catholiques, tantôt protestantes, cherchant à se concilier l’Espagne ou l’Angleterre, la France peine à appuyer la reine d’Ecosse, personne tranchée, passionnée, uniforme en quelques sortes.

Une image inventée : Marie Stuart n’a jamais réussi à rencontrer sa « bonne cousine » Elisabeth

Après 20 ans d’attente, Marie fait le geste de trop. Ses maladresses diplomatiques, ses tentatives d’évasion avec la complicité du lord anglais Norfolk, ses manoeuvres auprès de l’Espagne et du Pape, par exemple, font pâle figure en face de l’ultime accusation lancée par le ministère d’Elisabeth, Lord Cecil : participation à un complot destiné à assassiner la reine d’Angleterre et à restaurer le catholicisme.

Malgré ses dénégations, Marie est reconnue coupable, transférée à la prison de Fotheringay et, plusieurs mois après la sentence, exécutée en présence d’une partie de la noblesse.

Une version classe du tranchage de tête

La suite (car il y a une suite !) au prochain épisode

Crédits

Lochleven Castle engraving by William Miller after G F Sargent, publié dans The Castles, Palaces and Prisons of Mary of Scotland. Charles Mackie. London. C Cox, 12, King William St, Strand, Oliver & Boyd Edinburgh, David Robertson, Bookseller to the Queen Glasgow, James Chalmers Dundee, & J Robertson Dublin. 1849

Marie Stuart, de Schiller, dans une mise en scène de Fabian Chappuis, à la Gare du Midi, le 02 décembre 2010.

L’exécution de Marie, reine d’Ecosse; Abel de Pujol Alexandre-Denis (1787-1861), Musée des beaux-arts de Valenciennes

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