Marie Stuart, part 1

Parce qu’elle est une figure iconique de notre histoire, et parce qu’il faut bien rentabiliser ses lectures, j’ai décidé de me lancer dans la rédaction de deux ou trois notes sur Marie Stuart, reine de France puis d’Ecosse, et vous soumettre quelques points intéressants relevés suite à la lecture d’une biographie que j’ai trouvé excellente, dont l’auteur est un archiviste paléographe du nom de Michel Duchein. Il ne s’agit pas pour moi de réinterpréter ses écrits, plutôt d’utiliser ces pages comme un genre de notes de lecture.

Précisons le contexte pour ceux qui ne sont pas familiers du XIVe siècle. Marie naît à Linlithgow le 07 décembre 1542 de Jacques V d’Ecosse, qui meurt par ailleurs quelques jours plus tard lors d’une bataille contre les anglais, et de Marie de Guise, une française membre d’une des familles catholiques les plus puissantes de France. Dans un contexte de conflit armé anglo-écossais, la petite Marie est couronnée reine d’Ecosse et sa mère est nommée régente.

Marie de Guise

Elle ne restera que six ans dans ce pays un peu agité, avant de rejoindre la France où elle sera élevée par ses oncles de Guise. Promise au futur roi François II, elle épouse ce dernier en 1558. Dans un pays où les premières tensions religieuses se font sentir, Marie reçoit une éducation toute imprégnée de droit divin, de Royauté intouchable, de machiavélisme.

Elisabeth, qui a bien la classe quand même

A la fin de l’année 1558, la reine d’Angleterre Marie Tudor, « Bloody Mary », meurt en laissant la place à sa sœur, Elisabeth 1ère tandis qu’en juillet 1559, la mort du roi de France Henri II place François II et Marie sur le trône. Marie ne sera reine de France que quelques mois, jusqu’à la mort de son mari à la fin de l’année 1660. Elle décide alors, jeune veuve de 18 ans, de rentrer en Ecosse afin d’y exercer sa royauté. Son demi frère, le bâtard Jacques Moray, la ramène dans son pays de naissance où ses prérogatives sont plus importantes que dans le pays qui l’a vue grandir.

Le mignon petit Darnley

Dès le début, les tensions sont importantes, et ce pour une raison essentielle : Marie est catholique, le reste du pays est protestant et emmené par des prédicateurs aussi virulents que John Knox. Que la reine puisse pratiquer, sans ostentation certes, sa religion alors que celle-ci est en passe d’être interdite, défrise un peu ces bons pasteurs assez intraitables sur la question (et sur d’autres questions, d’ailleurs. J’aime beaucoup l’avis de Knox sur les femmes : « Placer une femme en position de gouverner est contraire à la nature, au gouvernement de Dieu, à la justice et à l’ordre de la société« ). Par ailleurs, l’Ecosse reste partagée entre deux influences, celle de l’Angleterre protestante et celle de la France catholique, tout en restant agitée par une noblesse peu soumise à l’autorité royale.

D’une popularité toute relative, Marie achève de mécontenter l’opinion en jetant son dévolu sur un lord anglais, le jeune Darnley, qu’elle épouse dans une cérémonie faste en juillet 1565, malgré les réticences de ses conseillers. Parmi ceux-ci, son demi-frère, qui lance une révolte contre la reine à l’automne avant de s’enfuir et de trouver refuge en Angleterre. Dès lors, les événements s’enchainent rapidement : peu après son mariage, Marie se lasse de Darnley, homme faible, geignard et peu franc, qui n’a d’obsession que de ceindre la couronne royale (il n’est, après tout, que l’époux de la reine). Méprisant son époux ouvertement, elle prête le flanc aux critiques d’autant plus que son secrétaire italien, Rizzio, est soupçonné d’être son amant – du moins le disent les mauvaises langues ! Survient alors le premier crime, celui de Rizzio, tué en présence de la reine enceinte jusqu’aux yeux, par une faction de nobles aux rangs desquels Darnley lui-même. Autant dire que les relations entre la reine et son époux ne s’arrangent guère. Parmi les conseillers de Marie, le comte de Bothwell joue bientôt le rang de confident, d’homme de main, de principal soutien et, dit-on, d’amant. A ce stade de l’histoire de Marie, il est difficile de déterminer si la reine est bien adultère. Néanmoins, l’assassinat de Darnley au printemps 1567 est imputé à Bothwell, avec la complicité même de l’épouse malveillante.

Et voici Bothwell

Et voici Bothwell

Un premier mari mort de maladie, un secrétaire puis un second époux assassiné… la réputation de Marie commence à tourner au vinaigre. Son « enlèvement » par Bothwell en avril et leur mariage rapide en mai verse de l’huile sur le feu, et les lords écossais se révoltent en juin 1567 contre une reine si peu digne de sa charge. Si Bothwell s’enfuit dans le nord avant de passer, définitivement, au Danemark, la reine est quant à elle emprisonnée. Elle a 25 ans, et s’apprête à passer les 19 prochaines années de sa vie privée de liberté…

(La suite au prochain épisode !)

Anonymous. Marie de Guise, 1515 – 1560, Queen of James V, by Corneille de Lyon. National Galleries of Scotland.
Anonymous. Elizabeth I in coronation robes, National portrait gallery of London
Je n’ai pas retrouvé les crédits pour l’image de Darnley…
Anonymous. James Hepburn, 1st Duke of Orkney and Shetland, 4th Earl of Bothwell. 1566.  Edinburgh, Scottish National Portrait Gallery.

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4 réponses à “Marie Stuart, part 1

  1. Mandragore 16 janvier 11 à 8:51

    En te lisant, étrange réminiscence d’une époque où je potassais des tas de fiches dont un certain nombre rédigées de ta blanche main…

    Quant à Duchein, je ne savais pas qu’il avait aussi commis une bio de cette chère Marie!

  2. Mariette 17 janvier 11 à 10:14

    Mandragore > eheh, c’est aussi l’effet que je me suis fait, une belle fiche bien pleine de détails inutiles…! En fait, ce cher monsieur a l’air fan de l’Ecosse, puisqu’il lui a consacré une Histoire, et a fait la bio de Marie Stuart, Elisabeth 1ère (plutôt Angleterre, donc), et Jacques VI d’Ecosse. Et qu’il est membre de l’asso amicale, un truc du genre…

  3. Jean-Nicolas Boubou 17 janvier 11 à 4:55

    « vie privée » est un bigram tellement courant que j’ai dû relire la phrase pour les dissocier et avoir du sens 😀

  4. sioban68 18 avril 13 à 7:15

    Vos articles sont vivants et drôles. Vous êtes encore en Écosse ? Si vous voulez explorer la bio de la mère de Marie, Marie (elles s’appelaient toutes comme ça à l’époque) :
    http://marieguiselorraine2015.wordpress.com/
    P. S. Michel Duchein est Vice-président de l’Association franco-écossaise à Paris

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