La déclaration d’Arbroath

Merci les archives nationales d'Ecosse

Ami chartiste, sois réjoui : voilà de la charte, des sceaux, du latin, de l’histoire médiévale… tout pour te plaire.

Cette lettre émane d’une partie de la noblesse écossaise et fut envoyée au Pape Jean XXII en l’an 1320, pour lui demander de reconnaître l’indépendance de l’Ecosse et la pleine souveraineté du roi Robert the Bruce. Rédigée en latin, elle fut signée par huit comptes et trente-huit barons.

Elle s’inscrit dans la longue guerre d’indépendance menée contre l’Angleterre depuis 1296 et la première tentative d’invasion d’Edouard 1er -laissée sans héritier en âge, hormis la petite princesse Marguerite, la « vierge de Norvège » âgée de deux ans, l’Ecosse se cherchait un roi quand Edouard tenta d’imposer son propre pouvoir. William Wallace (mais siiii, vous savez, Mel Gibson dans Braveheart, c’est lui- mena pendant quelques années une résistance sauvage, avant d’être capturé et exécuté de façon fort peu ragoûtante. Suivit la résistance de Robert the Bruce, qui s’empara du trône en 1306, vainquit à plate couture les anglais d’Edouard II (mais siiii, vous savez, le roi de pacotille marié à Isabelle de France, celle des Rois maudits !!!) à la bataille de Bannockburn en 1314, sans pour autant réellement réussir à s’imposer au plan international. Les relations avec la papauté, étaient particulièrement tendues, et après que Jean XXII eût excommunié le roi écossais, les nobles lui firent parvenir la déclaration d’Arbroath comme une sorte de contre offensive diplomatique. La lettre elle-même, envoyée à la papauté en Avignon, est perdue, mais la copie dont vous voyez l’image ci-dessus est conservée aux archives nationales d’Écosse.

A Notre Très Saint Père et Seigneur dans le Christ, le Seigneur Jean, par la divine providence suprême pontife de la Sainte Eglise Romaine et Universelle, ses humbles et dévôts fils [blablabla, insérez ici une cinquantaine de noms de barons] et les autres barons et toute la communauté du royaume d’Ecosse envoient toute manière de révérence filiale, et embrassent dévotement ses pieds bénis.

Très Saint Père, nous savons et apprenons dans les chroniques et livres des anciens que parmi toutes les autres grandes nations la nôtre, celles des écossais, a été bénie d’un grand renom. Nous avons voyagé depuis la très grande Scythia par la mer tyrrhénienne et les piliers d’Hercule, et passé un long moment en Espagne parmi les plus sauvages peuplades, mais nulle part n’avons pu être soumis par quiconque, même les peuples barbares [ben tiens]. Puis nous arrivâmes, douze cent ans après que le peuple d’Israël franchit la mer rouge, dans notre demeure de l’ouest où nous vivons toujours. Nous avons pour commencer chassé les Britons, nous avons simplement détruit les Pictes et, bien que souvent assaillis par les Norvégiens, les Danois et les Anglais, nous avons pris possession de cette terre lors de maintes victoires par des efforts incroyables. Et, comme les histoires du temps passé s’en souviennent, nous l’avons tenue libre de toute servitude depuis lors. Dans ce royaume ont régné cent treize rois de nos branches royales, cette lignée n’ayant été brisée que par un seul étranger.

Les très hautes qualités et les mérites de ce peuple, qui ne se trouvent chez nul autre, sont clairement manifestes en ceci : que le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, notre seigneur Jésus Christ, après sa passion et sa résurrection, nous appela parmi les premiers, bien que retirés dans les parties les plus reculées de la terre, dans sa très sainte foi. Et Il ne souhaita pas qu’ils fussent confirmés dans cette foi par n’importe qui, mais par le premier de ses apôtres – premier lors de l’appel, quoique second ou troisième en rang-, le très bon Saint André [oui je rappelle que Saint Andrew, celui des golfs et de l’Université, c’est le Saint Patron des écossais], le bienheureux frère de Pierre, et Il souhaita qu’il les garde pour toujours sous sa protection, en tant que leur patron.

Vos très Saints prédécesseurs ont pris garde à toutes ces choses et ont renforcé ce royaume et son peuple par de nombreuses faveurs et privilèges, comme étant la charge spéciale du bienheureux frère de Pierre. Alors en effet notre peuple vécut librement et en paix sous leur protection, jusqu’au jour où ce puissant roi des anglais, Edouard, père de celui qui règne aujourd’hui, alors que notre royaume n’avait pas de chef et que notre peuple ne cherchait ni mal ni querelle et n’était point habitué aux guerres et aux invasions, vint sous la mine d’un ami et allié pour les harceler comme un ennemi. La cruauté, les massacres, la violence, les pillages, les incendies, l’emprisonnement des prêtres, la destruction des monastères, le vol et le meurtre des moines et des nonnes et les autres outrages sans nombre qu’il commit contre notre peuple, n’épargnant ni âge ni sexe ni religion ni rang, personne ne peut les décrire ni les imaginer vraiment, à moins qu’il n’en ait été témoin lui-même.

Mais de ces innombrables démons nous avons été libérés, avec l’aide de Celui qui bien qu’Il afflige, guérit et restaure également, par notre très infatigable prince, roi et seigneur, le seigneur Robert [bon j’abrège deux ou trois lignes un peu casse-pieds, après tout je fais ça depuis mon lit, la feignasse reprend toujours le dessus, si vous voulez le texte original vous trouverez ça sur le site des archives nationales d’Ecosse, y a un dossier très bien fait. Venons-en au morceau que j’aime bien.]

Mais s’il venait à abandonner ce qu’il a commencé et s’il cherchait à faire de nous ou de notre royaume le sujet du roi d’Angleterre et des anglais, nous nous accorderions tous immédiatement pour le chasser comme notre ennemi, destructeur de ses droits et des nôtres, et nous nommerions roi un autre homme capable de nous défendre ; car, aussi longtemps que cent d’entre nous resterons vivants, jamais nous ne serons soumis, quel que soit le prix, à la seigneurie anglaise. Ce n’est en vérité ni pour la gloire, ni pour les richesses, ni pour les honneurs que nous combattons, mais pour la liberté seulement, à laquelle aucun homme honnête ne renonce qu’avec sa vie [en latin : Non enim propter gloriam, divitias aut honores pugnamus, sed propter libertatem solummodo, quam nemo bonus nisi simul cum vita amittit. C’est beau non ???]

C’est pourquoi, révérend Père et Seigneur, nous prions et supplions votre sainteté de bien vouloir considérer avec une bienveillance paternelle les troubles et privations qu’ont apporté sur nous et sur l’Eglise de DIeu les anglais, puisqu’en tant que vice gérant sur terre de Dieu sur terre vous n’apportez aucune distinction entre le juif et le grec, l’écossais ou l’anglais [pfff, ça c’était une phrase pénible, je vous donne surtout l’idée en fait]. Puisse t-il vous plaire d’admonester et d’exhorter le roi des anglais, qui devrait se satisfaire de ce qui lui appartient et qui jadis était suffisant pour sept rois ou plus, à nous laisser, nous écossais, en paix, nous qui vivons dans la pauvre petite Ecosse au-delà de laquelle il n’y a plus de lieux habités et qui ne convoitons rien que nous n’ayons déjà.

Je m’arrête ici, le plus intéressant est passé et la suite est dans la même veine, et les barons parlent au Pape, l’enjoignant de ne pas prêter foi aux paroles trompeuses de ces fourbes d’anglais, avant de rappeler leur fidélité au Saint Siège et en souhaitant plein de bonnes choses à ce brave Jean XXII

« Given at the monastery of Arbroath in Scotland on the sixth day of the month of April in the year of
grace thirteen hundred and twenty and the fifteenth year of the reign of our King aforesaid. »

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14 réponses à “La déclaration d’Arbroath

  1. pseudojune 14 décembre 09 à 5:34

    he be. Ca c’est de la lettre et du sceau. T’as tout traduit ????
    j’imagine les 38 barons en train de baiser les pieds du pape beurk.

    C’est quoi la suite de l’histoire ?

  2. Siboneyy 14 décembre 09 à 9:53

    Huhu, oui moi aussi j’ai un peu tiqué sur le baisement de pieds. Oui j’ai traduit, avant de me rendre compte que le livre que je lis en présentait une traduction (mais partielle et pas très fidèle !). Rien en français sur le net, par contre !

    Je te raconterai la suite de l’histoire ce soir si tu es sage (mais grosso merdo, ça va pas chercher bien loin, j’en suis rendue à 1450 environ et les rois et roitelets écossais passent leur temps à 1/ se friter avec le roi d’Angleterre 2/ pleurnicher auprès du roi de France en criant « héééé méééeuh l’alliance alors??? » et 3/ essayer de mater leur noblesse locale passablement agitée. C’qu’on rigole.

  3. BS 14 décembre 09 à 10:14

    « huit comPtes » ? t’es sûre ?

  4. Siboneyy 14 décembre 09 à 10:17

    Huuuuuuuuuuuuuuu !
    Erm.
    merci.

  5. Siboneyy 14 décembre 09 à 9:01

    Alors Justine, pour te répondre plus longuement (au boulot, je bloggue pas!), la déclaration a pas eu un impact dingue. D’abord, le pape a lu, écouté, il a dit « ouioui c’est bien », mais pendant plusieurs années, il n’a pas fait grand chose, et la guerre Ecosse/Angleterre a perduré. Certes en 1328, un traité de paix, ou plutôt de trève, a été conclu entre Edouard III et Robert 1er avec l’appui du Pape, mais tu remarqueras que cela intervient près de 8 ans après ladite missive… Et puis, bam, les conflits internes en Ecosse ont repris un an plus tard, à la mort de Robert, et autant te dire que les prétentions anglaises n’ont pas mis longtemps à repointer le bout de leur nez.

    La déclaration d’Arbroath a surtout une valeur symbolique, les historiens écossais, certains en tous cas, la voient comme la première manifestation écrite du désir d’indépendance de l’Ecosse, comme l’affirmation de son identité et de son existence comme royaume indépendant de l’Angleterre.

  6. Chabichou le vénitien du jour 16 décembre 09 à 1:31

    En bon chartiste qui s’est toujours demandé ce qu’il faisait dans cette école, j’ai admiré la photo, et vite zappé le texte…

  7. Artémise 16 décembre 09 à 2:23

    Rubert the Bruce, il n’est guère sympathique, dans Braveheart, si ?

    En tout cas, tous ces sceaux, toute cette paléographie, cela m’émeut.

    Tu sais que j’ai montré le film sur le Ductus à mes élèves ?

  8. Chabichou le vénitien du jour 17 décembre 09 à 2:57

    Avec la voix de Jean Mallon et les tam-tam ?

  9. Siboneyy 17 décembre 09 à 9:43

    Ouais, heureusement que j’ai pas eu à faire la transcription…

  10. Siboneyy 17 décembre 09 à 9:43

    Pourtant The Bruce, c’est un peu un de leurs héros nationaux…
    Huhu, ils ont ri, tes élèves ? Quand je pense que tu as une copie du Tam Tam du Ductus… J’en crève de jalousie.

  11. Artémise 17 décembre 09 à 1:58

    Oui, le ductus, avec le tam-tam et les bruitages bidons, et surtout la voix surannée de Jean Mallon.

    J’adore.

    Si vous êtes sages, j’essaierai de vous faire parvenir une copie. Ce sera un cadeau de Noyel, en somme.

  12. Pastor Dave Bissett 7 avril 10 à 2:55

    Bonjour! C’est April 6, 2010… merci pour la poste (?!)

    I am writing from NY, USA and my high school French is long forgotten.

    Thank you for posting this magnificent photograph of the Arbroath Declaration. My father is from Scotland, and I am a proud « son of Scotland » with family and friends there.

    Your blog has caught my eye — it is the same format I use for my blog! I will try to read a bit of yours, you are most welcome to visit mine: http://thebreadline.wordpress.com/

    If you can speak/write in English, I would love to exchange some further thoughts with you.

    Bonsoir!
    db

  13. Beatriz 20 décembre 12 à 5:22

    SVP!!!!
    Je charche le film de Jean Mallon Doctus et La lettre pourraiez-vous m’informer comment les trouver????(travail de thèse urgent)
    Merci
    Atte; Oli Rodriguez
    oli_nk@hotmail.com

  14. Siboneyy 20 décembre 12 à 11:55

    Ah je suis desolee, je n’en ai aucune idee ! Bon courage.

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