Une question revient souvent, quand j’explique ma situation et mon goût pour ce pays : “qu’est-ce qui te plait en Ecosse ?“. La plupart demandent cela sans arrière-pensée (sous-entendu : “mais qu’est-ce qui peut bien pousser une personne raisonnable et sensée à vouloir se barrer dans un pays où il pleut et où les gens ne causent même pas la France, hein?“), et sont simplement curieux de connaître ce qui m’attire là-bas (à part un écossais en particulier, évidemment).
A l’heure où j’ai décidé de me marier et, à terme, d’aller passer quelques années par là-bas, la question se pose avec d’autant plus d’acuité. Il est facile de tout voir en rose lorsque l’on vit à quelques centaines de kilomètres du pays de ses rêves, mais lorsque l’on envisage d’y poser un peu plus longtemps ses valises, il faut se demander, vraiment, ce que l’on y trouve de si attirant. Et ce n’est pas toujours facile. Oui, l’Ecosse a un climat de merde difficilement supportable lorsque l’on est né dans l’une des régions les plus ensoleillées de France, oui il y fait nuit tôt à tel point que l’on manque de cette lumière qui fait tant de bien. Oui, l’Ecosse peut être sacrément inhospitalière, elle connait un fort taux d’alcoolémie, la crise est passée par là… Ce n’est pas un paradis à proprement parler, donc. Cela dit…
L’herbe est toujours plus verte sur la colline d’à côté. J’ai aimé me sentir étrangère dans ce pays, j’aime ce sentiment qui te pousse à te forcer, à apprendre, à découvrir, à aller vers les autres, à ne pas être chez toi. Les choses sont moins facile, et l’on a sur les choses un regard plus clair, plus neuf, une distance l’on n’a pas lorsque l’on est chez soi. Tout est alors source d’étonnement et d’émerveillement, les plats, la forme des bus, l’allure des maisons et des villes, le prix des burgers, la couleur des panneaux, le costume des flics… c’est bête, mais c’est fou !
Ce sentiment ne m’a pas autant saisie lors d’autres voyages, en Allemagne, en Italie, en Autriche. Il y a là-bas un je-ne-sais-quoi qui m’a saisie dès mon premier voyage, en juillet 2006, une sensation de bien être, d’évidence. Edimbourg, les Borders, j’ai senti d’emblée que c’était un endroit pour moi, un bon décor pour mon personnage, un bon environnement naturel si vous voulez, et cette sensation ne s’amenuise pas, bien au contraire. Elle ne fait que se renforcer à chaque fois que je prends l’avion et que je survole le sud du pays, avant de poser le pied sur le tarmac d’Edimbourg. A chaque fois que je sors de la cabine et que je sens cette odeur de terre mouillée, que je vois ce ciel un peu plombé, que j’entends les accents si particuliers, j’éprouve la curieuse sensation d’être à la maison.
Et puis, j’aime Edimbourg, cette ville si belle, si harmonieuse et si déglinguée en même temps, avec ses ruelles étroites en cascade sur les collines, ses bâtiments qui trouvent le moyen d’être baroques dans leur austérité, ses parcs verts couverts de jonquilles au moi de mai, ses magasins aux devantures bariolées qui égaient les pavés luisants.
J’aime savoir que dans cette ville, comme partout ailleurs dans le pays, on ne refusera pas un emploi sous prétexte que je ne suis pas née anglaise. On me donnera ma chance, comme à tout le monde, qu’ils viennent de Londres, de Hambourg ou de Rio.
J’aime les moutons à tête noires qui jettent des regards bêtes, dans les champs, sur le bord des routes, dans les collines, partout.
J’aime l’accueil que l’on m’a toujours réservé à Edimbourg comme dans les Highlands, peut-être parce que j’étais française et que la vieille alliance persiste, mais surtout parce que la gentillesse, là-bas, semble être une règle. C’est sans doute généraliser, véhiculer un cliché que de tenter de définir ainsi tout un peuple, mais j’insiste : j’aime la politesse, les manières de ces gens-là. J’aime leur humour pince sans rire, leur côté britannique-qui-n’a-pas-avalé-un-parapluie. J’aime leur simplicité. J ‘aime que des bergers en quad avec un chien dans la remorque s’arrêtent pour te taper la causette en plein pique-nique, en t’expliquant leur job, en te parlant de montagne, avant de repartir aussi simplement, en te souhaitant plein de bonnes choses.
J”aime avoir l’impression qu’ils sont tous branchés, qu’ils n’écoutent que de la musique géniale, même au supermarché, j’aime que les jeunes aient des fringues démentes, et qu’ils aient tous cet air cool, même lorsqu’ils boivent du thé.
J’aime a beauté rude de l’Écosse. Pas de lagons ou l’on se baigne, pas de forêts accueillantes, pas de montagnes pour skier, pas de plaines verdoyantes, ou si peu. Les plages sont belles mais glaciales, les forêt peu profondes, mais légèrement inquiétantes, les montagnes peu hautes et enneigées mais abruptes et balayées de vents violents, les plaines et collines sont humides, la terre détrempée. Ce n’est pas une beauté toujours hospitalière, je l’ai dit, et le climat, l’obscurité en rajoutent à son côté difficile. Mais c’est une beauté unique, qui se mérite pour peu que l’on s’en donne la peine.




















Des fois, j’aimerais bien habiter dans la petite maison blanche au toit noir, là-bas…

